Vendredi 15 décembre 2006
de Satoshi Kon, avec Megumi Hayashibara, Torû Furuya
(2006)

Dans un futur proche, un scientifique obèse et génial invente un appareil pour enregistrer les rêves des patients. Invention qui va rapidement être détournée par des terroristes des rêves….Ce film multiplie les fausses pistes, brouille la réalité, enchaine les clins d’œil cinématographiques. C’est un délire visuel, qui reprend le thème du défilé de carnaval en le rendant de plus un plus inquiétant au fur et à mesure du film, tandis que la frontière entre rêve et réalité s’estompe peu à peu et que le monde tourne en cauchemars. Freud aurait sans doute apprécié puisque le film aborde également le thème conscience / inconscient : ce serait bien notre inconscient qui s’exprimerait dans nos rêves par l’intermédiaire de symboles….et peut ainsi affleurer à l’état de veille….mais quand notre inconscient empiète sur la conscience, rien ne va plus ! Parce que ce n’est pas joli joli ce qui se trouve dans l’inconscient, alors quand il n’y a plus le vernis de la culture, de l’éducation, du savoir vivre en société, ce sont nos instincts profonds qui reprennent le dessus : pouvoir, sexe, domination, violence.
Deux petits bémols :
D’abord, le film se plait à nous perdre pour mieux nous scotcher sans doute, mais quel besoin y avait-il de tout expliquer ? Un peu plus de flou n’aurait pas nui.
Et ensuite, le scénario n’est pas suffisamment torturé et flippant, il n’explore pas assez la noirceur de l’humain et les recoins de notre esprit cachés, même à nous-mêmes, tant nous en avons peur – je pense que Perfect Blue, le précédent opus de Satoshi Kon, est dans ce sens mieux réussi. Mais bon, il serait injuste de dénigrer ce superbe film d’animation qu’est Paprika, sous prétexte que le réalisateur avait déjà pondu un chef d’ouvre !
Par contre, la poupée rouge qui revient à intervalle régulier hanter notre héroïne, quelle réussite ! Elle aurait pu être issue de mes propres cauchemars. Les poupées qui prennent vie, en voila encore un joli petit thème psy ! Décidément, si ce film n’est pas le premier à aborder toutes ces peurs enfouies dans notre subconscient, il le fait avec brio.
Bref, un film fortement conseillé à tous ceux qui apprécient les cauchemars éveillés. Mais je ne peux que vous inviter à regarder également Perfect Blue…et vous n’allez plus jamais vous faire confiance à vous-mêmes….
